Skarlet Ohara
posteur enraciné

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| Mer 13 Juin, 2007 7:39 pm |
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Le 10 juin 2001, la deuxième fille du shah et de l'impératrice Farah, est morte à Londres. Elle avait trente et un ans. En apparence, la vie lui avait tout donné, fortune, intelligence et beauté. Il lui manquait la force de résister à un destin tourmenté.
c'est en Angleterre que la princesse s'était fixée. Elle y est morte, seule, loin de son pays et de sa famille.
Longue maladie, dépression, blessures psychologiques, les raisons ne manquent pas pour expliquer cette disparition tragique. Les proches de la famille impériale savaient que, depuis déjà des années Leila souffrait d'anorexie, le plus grave de tous les troubles du comportement alimentaire qui se traduit par un refus d'absorber la nourriture. Elle aimait sortir, briller et ceux qui la croisaient dans les soirées n'apercevaient qu'une silhouette filiforme, des gestes gracieux, un visage troublant de finesse. C'est seulement lorsque l'on se retrouvait en tête à tête avec elle que l'on pouvait apercevoir l'angoisse qui se dissimulait derrière tant de beauté. Il suffisait de la voir cramponnée toute la journée à sa Thermos de café pour le comprendre. L'autre signe qui ne mentait pas était cette propension étrange qu'elle avait à se livrer rapidement. Dès que son interlocuteur lui prêtait une oreille bienveillante ou même simplement attentive, la conversation évoluait automatiquement vers les sujets les plus intimes, ses peurs, ses déceptions, ses nostalgies. Plus que des confidences, c'était bien son angoisse profonde qu'elle révélait ainsi, en retenant à peine ses larmes. Née sur les marches d'un trône le 27 mars 1970, elle n'en regrettait ni les fastes, ni un statut protocolaire, mais plutôt l'auréole de bonheur et de sécurité qui entourait alors son existence.
En réalité, les fêlures de l'âme de la princesse Leila étaient multiples. On ne meurt pas simplement de l'exil ou de la douleur causée par la disparition prématurée d'un père. Même si les premiers chocs remontent effectivement à cette époque. Il suffisait pour s'en convaincre de l'entendre raconter la mort du shah, au Caire, le 27 juillet 1980, alors qu'elle avait à peine dix ans : "Le samedi soir, le téléphone a sonné. Nous étions partis nous reposer au bord de la mer, à Alexandrie. C'est mon frère aîné Reza qui a répondu. Il est devenu tout blanc. Ma soeur Farahnaz s'est mise à pleurer et lorsque j'ai demandé ce qui se passait, on m'a répondu : "Rien, ne t'inquiète pas." On devrait toujours dire la vérité aux enfants. J'avais très bien compris que papa était en train de mourir. Le lendemain, nous sommes allés à l'hôpital. Je voulais absolument pénétrer dans sa chambre pour le voir une dernière fois. C'est son vieux valet de chambre qui m'en a empêchée en me disant : "Non princesse, je crois que c'est mieux ainsi." Il devait penser que ce spectacle serait trop impressionnant pour une enfant de mon âge. J'ai suivi son avis et je m'en suis voulu pendant des années."
Contrairement à ses frères et soeur, Leila n'avait jamais réussi à se constituer des défenses contre les nombreuses agressions du monde extérieur. Elle cherchait sa place. Et c'est en ce sens que l'exil se révélait insupportable. L'affection dont l'entourait sa mère, l'impératrice Farah, ne lui suffisait pas pour lutter contre les peurs héritées des traumatismes du départ. Un rêve qu'elle racontait souvent les résumait toutes : "Je suis restée à l'intérieur du palais, et je sais que si l'on me trouve on va me couper la tête."
Dans le domaine sentimental, elle n'avait pas réussi à trouver un équilibre. Jamais, en effet, elle n'avait pu se défaire du sentiment qu'on ne s'intéressait à elle qu'en raison de son nom. Cette aura de légende, de fortune et de glamour que le titre de princesse d'Iran et le nom de Pahlavi symbolisait.
La mort de sa grand-mère, à la fin de l'année 2000, l'avait également beaucoup affectée. Depuis des années, Mme Diba luttait contre la maladie d'Alzheimer. Leila, dont elle avait été le principal support affectif au cours de la terrible première année d'exil avait vécu douloureusement ses dernières années.
La mort de son père, le déracinement et son corollaire, le sentiment de n'appartenir à rien ni à personne, les déceptions sentimentales, la confrontation récente avec la mort terrible de sa grand-mère, autant d'événements qui suffisent à écrire le message de désespoir de Leila d'Iran. Depuis des années, il se traduisait par ce refus de s'alimenter. Une manière terrible de dire : aidez-moi, et surtout, aimez-moi ! Leila est morte de ne pas avoir eu la force de résister à la vie, de ne pas avoir été aimée comme elle aurait voulu l'être. Et personne n'y pouvait rien, surtout pas ses proches qui ont fait tout ce qu'ils ont pu pour la retenir sur le chemin du désespoir. Leila a quitté la vie parce qu'elle n'avait pas été suffisamment armée pour cette vie tragique de princesse tourmentée par l'histoire.
Aujourd'hui, Leila d'Iran n'a plus peur, elle galope à côté de son père, là où elle a toujours voulu se trouver. Le plus dur maintenant, ce n'est pas son destin brisé, puisqu'il est arrivé à son terme,
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