Comiran
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| Jeu 08 Mar, 2007 11:46 am Femmes héroïques au Musée de l’Homme |
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Journée internationale de la femme
Femmes héroïques au Musée de l’Homme
«Femmes héroïques, une mythologie moderne» : c’est une exposition à la fois réelle et virtuelle que le ministre de la Culture inaugure, ce jeudi 8 mars. Réelle, parce que les onze icônes féminines rassemblées jusqu’à la fin du mois au Musée de l’Homme renvoient à une réalité qui est celle du chemin parcouru par les femmes au cours des siècles. Virtuelle, parce que la représentation qui en est faite renvoie, elle, à l’univers des super-héros (et héroïnes) dont chaque époque, de l’Antiquité à nos jours, a été friande. Et aussi parce les héroïnes du Musée vivront une seconde vie avec leurs avatars créés sur internet par d’autres artistes.
La mythologie, ancienne et actuelle, s’est beaucoup nourrie à l’image de la femme. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’à son tour elle nourrisse l’imagination des 25 artistes du collectif Art Plus appelés à créer ces onze personnages métaphoriques du combat des femmes.
Comme cette Cybèle, symbole de la fertilité dans la mythologie grecque, dont le ventre annonce la promesse d’une maternité, avec un pied frôlant le printemps et la tête automnale couronnée de bois, à l’instar d’un cervidé. La présentation de l’exposition emprunte, elle aussi, à la mythologie, puisque c’est dans un parcours conçu comme un labyrinthe que le visiteur est invité à découvrir ces icônes féminines et les représentations graphiques inspirées de la bande dessinée qui leurs sont associées. «Ni archétypes, ni prototypes, ni déesses, mais créatures venues du fond des âges (…) ce sont les héroïques, surhumaines et surnaturelles, enracinées dans l’histoire et dans la vie», déclare Philippe de Saint Mart Guilet, directeur artistique de Arts Plus et commissaire de l’exposition.
Enracinées dans l’histoire et dans la vie, comme l’héroïne Zibda, inspirée par Zahra Kazemi, journaliste irano-canadienne interpellée en 2003 alors qu’elle photographiait des familles de détenus devant la prison d’Evine, au nord de Téhéran, et morte des mauvais traitements subis pendant sa détention. «Zibda, c’est la lutte contre l’enfermement physique ou mental. Elle est passe-muraille, et libère les femmes enfermées», précise Philippe de Saint Mart Guilet. Comme Victoria, faite de collages de fragments d’articles de journaux relatant ses conquêtes dont on oublie que certaines sont encore bien récentes, y compris en France, comme le droit pour les femmes mariées d’avoir un chéquier, un droit acquis à la fin des années 60, ou encore celui d’interrompre une grossesse, au milieu des années 70.
Esthética, elle, est une femme de l’extrême, victime d’une autre mythologie moderne : le refus de vieillir. A force d’interventions chirurgicales, son corps est devenu intouchable comme un rosier plein d’épines. L’icône est accompagnée d’une vidéo d’Orlan, une artiste connue, depuis longtemps, pour intervenir sur son propre corps.
Dans Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir faisait du travail, grâce à l’indépendance financière qu’il procure, la condition essentielle de la libération de la femme. Dans cette exposition, Gonghe incarne cette valeur du travail et le combat mené par les femmes pour ne pas être réduites à l’univers de la maison, mais conquérir celui de l’activité professionnelle. En mandarin, Gonghé signifie travailler ensemble, et la référence à la Chine vient de l’histoire de cette femme qui, à 84 ans, a ôté de ses pieds les bandes qui les maintenaient dans leur taille enfantine… libérant ainsi les autres femmes chinoises de cette entrave.
L’Afrique est présente aussi avec Afirkwé, littéralement «celle qui vit sur la terre d’Afrique», une femme victime de la charia à qui il manque les bras et une jambe, l’autre vient de repousser la chaîne de l’esclavage… mais aussi femme détentrice du pouvoir symbolique. Une vision un peu réductrice de la femme africaine… mais qui correspond, sans doute, à la vision de l’Afrique avec un grand « A » véhiculée par les medias, autre source de la mythologie moderne.
La silhouette flashy d’Altéra est là pour évoquer l’homosexualité féminine et, nous disent les organisateurs, revendiquer l’égalité avec l’homosexualité masculine, tandis que Violetta représente le combat des prostituées. Quant à Yemana, toute sertie de paillettes turquoises, elle est là pour évoquer l’eau sans laquelle on ne peut pas vivre. Son nom évoque celui de Lemanja, cette divinité brésilienne venue d’Afrique avec les esclaves, omniprésente encore aujourd’hui dans les cultes afro-brésiliens.
Retour à la réalité avec des dizaines de photographies de femmes du monde entier, captées en pied, grandeur nature et suspendues au plafond d’une autre salle inondée de lumière… Vision que l’on accueille avec, sans doute, autant de plaisir que Thésée sortant du labyrinthe grâce au fil d’Ariane, une héroïne de l’esprit pratique… Et restons en Grèce avec cette formule de Sophocle, citée par Margaret Thatcher qui savait de quoi elle parlait : «Lorsqu’une femme est à égalité avec un homme, elle devient son supérieur». Une manière de faire rebondir le débat en cette Journée internationale de la Femme.
par Danielle Birck
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