Setareh_Dombale_Dar
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| Ven 22 Juin, 2007 12:56 pm Travail : Etymologie quand tu nous tient ... |
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Travail
Il y a des mots, dans la vie courante, qui portent en eux dès l’origine une vérité que l’histoire cherche à masquer, et dont le sens premier ne cesse pourtant de refaire surface. Prenez le mot " travail ". Son étymologie est indiscutable : du latin tripalium, " trois pieux ", un instrument de torture. Au Moyen ¶ge et jusqu’au XVIe siècle, elle a donné à ce nom commun sa seule signification, conséquence directe d’un usage barbare : le travail désignait alors un état de souffrance, un vif tourment, au mieux une grosse fatigue. Ce sens a persisté jusqu’à nos jours pour évoquer les affres de l’enfantement : la salle de travail n’est pas le lieu où l’on exerce son activité professionnelle, mais celui où l’on subit de grandes douleurs. Par quelle dérive linguistiquement correcte en arrive-t-on, dès le XVIIe siècle, à un sens plus actif et plus noble, quand les travaux d’Hercule, certes pénibles, lui apportent néanmoins la gloire ? Ce qui est certain, c’est qu’à partir de là, le travail est défini par tous les dictionnaires comme " l’ensemble des activités humaines coordonnées en vue de produire quelque chose d’utile " - à la société, certes, mais aussi et surtout à l’individu. Le mot tourne alors résolument le dos à son étymologie et, pour de nombreux auteurs, devient le remède à tous nos maux, ce qui, justement, nous évite de souffrir : " Le travail du corps délivre des peines de l’esprit, et c’est ce qui rend les pauvres heureux ", décrète le duc de La Rochefoucauld, qui n’était pas syndiqué à la CGT. " Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ", ajoute Voltaire. " Le travail est beau et noble ", conclut Vigny. Loin d’être soumission à une peine, à une contrainte ou à un destin, le travail est facteur d’émancipation, de libération et de réussite : on discute du droit au travail, on publie les éminents travaux de tel savant, de telle assemblée, on admire comment le peintre et le sculpteur travaillent la matière, soi-même on travaille son style ou une étude de Chopin. Mais c’est justement par la matière que le sens originel affleure à nouveau : " Travailler, subir une action, une force. Exemple : panneau de bois qui travaille. Voir déformer. Le travail de l’érosion, de l’usure. " Simone Weil, décrivant la condition ouvrière, ne mâche pas ses mots : " Le travail est quelque chose de semblable à la mort ", rejoignant ainsi Flaubert pour qui il n’est rien d’autre que " le meilleur moyen d’escamoter la vie " - rien qui vaille, donc, rien qu’une entrave. L’argot renoue naturellement avec la figure concrète de la machine qui fait souffrir et qui broie : le tripalium antique se métamorphose en turbin.
Par chance, Alphonse Allais a une solution simple : " Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue. " Beau programme, qui permettrait à tous d’accéder au rêve de l’humoriste : ne plus travailler... que du chapeau. |
Article paru dans l'édition du 14 mars 2002 de l'Humanité.
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