Boland Asseman
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| Jeu 25 Oct, 2007 9:58 am |
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Comment peut être persan selon Mottaki ... Où comment récupérer à son compte la pensée de Montesquieu fervent défenseur de la séparation des pouvoirs....Il doit être en train de se retourner dans sa tombe ! (article paru dans "Le Monde" d'hier)
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Comment peut-on être Persan ?, par Manouchehr Mottaki
Dans son chef-d'oeuvre Les Lettres persanes, publié en 1721, le grand philosophe français Charles-Louis de Montesquieu s'interroge sur les comportements surprenants des Français : lorsque Rica, son voyageur iranien arrivé à Paris, décide de s'habiller à la française, il constate avec étonnement que ses amis français ne le traitent plus avec l'admiration qu'ils lui portaient auparavant. Ce dualisme dans le comportement de la société française du XVIIIe siècle conduit le voyageur à se demander comment il est possible d'être iranien et de vivre dans un autre monde, à savoir l'Occident.
L'histoire du dossier nucléaire iranien repose la même question. En effet, il y a trente ans, alors qu'un régime dictatorial régnait sur l'Iran, la décision de la République française de coopérer à la politique nucléaire d'un tel régime avait reçu l'approbation de tous les hommes politiques jusqu'au plus haut niveau. Au cours de ces années, les Français ne se sont posé aucune question concernant les objectifs du chah.
Bien au contraire : la France proposa la participation iranienne à Framatome, puis à Eurodif, allant même jusqu'à inviter le chah à visiter les sites nucléaires français à Saclay et ne montrant aucune inquiétude concernant la coopération dans le domaine nucléaire, y compris militaire.
Des années plus tard, lorsque le peuple iranien a mis fin au régime dictatorial et, s'inspirant des principes suprêmes de l'islam, a décidé de fonder une République ayant pour principe l'indépendance et la liberté (les valeurs mêmes de la Révolution française et de la Ve République), il s'attendait à ce que les dirigeants français accueillent positivement ce grand soulèvement, oeuvrant pour le développement de la démocratie en Orient.
Or, la véritable tragédie est survenue lorsque l'Iranien de l'ère nouvelle, comme le personnage de Montesquieu, décida de bénéficier des moyens modernes du développement. Depuis, les coopérations pour le développement se sont arrêtées et les relations bilatérales se sont assombries au point que les armements français ont été généreusement mis à la disposition d'un autre tyran, nommé Saddam Hussein, afin qu'il prenne pour cible le peuple sans défense des villes iraniennes et détruise avec des armes françaises une partie du patrimoine historique grandiose d'un pays aussi ancien que la Perse.
Un pays tel que la République islamique d'Iran, avec son potentiel régional et international, n'a pas besoin de se livrer à des marchandages pour défendre ses droits et poursuivre son développement économique et social. Œuvrer pour l'avenir des générations futures est notre devoir sacré et ne tolère aucune hésitation. Bien évidemment, dans cette voie, la République islamique d'Iran n'a pas opté pour une logique de confrontation. La coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'acceptation de l'initiative des pays européens en 2003, la mise en oeuvre volontaire du protocole additionnel et la suspension de l'enrichissement pendant deux ans, etc. sont des illustrations de la bonne foi de l'Iran.
La question est donc de savoir ce qui s'est passé pour qu'un certain nombre de nos amis français, sans prendre en compte la place historique de leur pays en Europe, aient opté pour un ton très éloigné de celui qu'on pouvait attendre d'une vieille diplomatie. Nos documents de négociations démontrent qu'à l'été 2003, au début des négociations avec les Européens, nos amis français ont précisé qu'ils prenaient en main ce dossier afin de renforcer le poids de l'Europe sur la scène internationale et de tirer le bateau britannique vers le continent.
Or, lorsque j'ai entendu le ministère britannique des affaires étrangères annoncer qu'il soutenait avec enthousiasme la demande française pour des sanctions unilatérales, et qu'en face l'Espagne, l'Italie, l'Autriche et l'Allemagne ont annoncé leur préférence pour davantage d'efforts diplomatiques, je me suis demandé si ce n'était pas le bateau britannique qui depuis 2003 tire le continent désemparé vers lui ? Même s'il convient de patienter un peu avant de se prononcer sur l'attitude du nouveau gouvernement britannique.
Le président de la République française estime, à juste titre, que le développement insuffisant des pays de la région entraîne l'instabilité et l'accroissement de l'insécurité. Ce développement passe par celui de l'énergie nucléaire. La République islamique d'Iran ne souhaite donc pas que sa politique en matière nucléaire fasse l'objet d'une vision discriminatoire de la part de la France. Aussi, l'Iran poursuivra ses activités nucléaires et l'enrichissement d'uranium à des fins civiles, dans le respect des accords de sauvegarde et sous la supervision de l'AIEA, et en coopération avec les autres pays du monde. Il le fera sans se préoccuper de l'éventualité d'une attitude discriminatoire.
Les préoccupations de la République islamique d'Iran ne sont nullement hypothétiques. Dans l'histoire des relations bilatérales, il existe en effet de nombreux exemples d'une approche discriminatoire de la part de la France (notamment l'embargo sur la vente d'avions de transport civil, de matériels médicaux et des radars pour la lutte contre le trafic des stupéfiants ou l'immigration clandestine).
"Comment peut-on être Persan ?", se demandait l'ami français du voyageur des Lettres persanes. Montesquieu en tirait la conclusion que la pensée étroite de cet homme ne lui permettait pas d'admettre qu'il y ait, dans l'univers, d'autres personnes que des Français.
Manouchehr Mottaki est ministre des affaires étrangères de la République islamique d'Iran. |
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