Etre transsexuel en Iran Iran
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Etre transsexuel en Iran



 
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Faj
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Ven 13 Jan, 2006 10:50 am     Etre transsexuel en Iran

«Laissez-moi me faire opérer»


Citation:
En Iran, de 800 à 1 000 personnes ont changé de sexe. Téhéran, qui autorise l'opération et fournit de nouveaux papiers d'identité, fait exception parmi les Etats musulmans. Malgré tout, la vie des transsexuels reste difficile dans un pays où parler de sexe dans la sphère publique est interdit. Rencontres avec Sharareh, Ali et Sayeh.

par Ladane NASSERI
QUOTIDIEN : jeudi 12 janvier 2006

Téhéran de notre correspondante

Habillée d'une veste rose et perchée sur des bottes en daim qu'elle fait claquer sur le carrelage, Sharareh, 24 ans, entre dans la salle d'attente. Elle virevolte, soulève le foulard qui couvre sa chevelure et fait admirer à l'hôtesse son nouveau balayage doré. Puis elle lisse une longue mèche sur le côté de son visage et scrute de haut en bas la reporter de Libération qui attend dans la pièce. «Vous avez été opéré il y a longtemps, vous ? C'est drôlement réussi, dites donc !» s'exclame-t-elle, convaincue que toutes les personnes présentes sont, comme elle, des transsexuelles. Grâce au bouche à oreille, la clinique du docteur Bahram Mir Jalali, au nord de Téhéran, est devenue une sorte de QG des transsexuels, accueillant des patients de provinces éloignées et parfois de pays avoisinants, désireux de se libérer d'un corps auquel ils n'arrivent pas à s'assimiler. Sharareh, de son ancien prénom Aydin, a passé le cap il y a deux mois. «Je viens tout juste de naître, dit-elle, cajoleuse. Grâce aux hormones, ma voix s'adoucit et le duvet de mon visage se volatilise. Bientôt, je vais avoir à choisir parmi d'innombrables prétendants.»

Pas considéré comme un péché

Contrairement à la quasi-totalité des Etats musulmans, la république islamique d'Iran autorise les opérations de changement de sexe dès lors que le patient est muni d'un certificat approuvé par trois médecins accrédités, dont deux psychiatres. Fait encore plus rare, l'Iran délivre de nouveaux papiers d'identité. C'est l'ayatollah Ruhollah Khomeiny qui en a été à l'origine, légalisant l'intervention chirurgicale par le biais d'une fatwa édictée en 1983, suite à sa rencontre avec un jeune transsexuel en détresse. Ainsi, alors que l'homosexualité est considérée par les autorités religieuses comme une «déviation sexuelle», un crime punissable par des coups de fouet, voire par la peine de mort en cas de récidive, la transsexualité est, elle, officiellement reconnue comme une maladie identitaire. «Une âme de femme plongée dans un corps d'homme ou vice versa», explique le théologien de la ville sainte de Qom, Mohammad Mehdi Kariminia, qui travaille sur une thèse alliant le transsexualisme avec la charia, les lois islamiques. Les droits et devoirs des musulmans étant en partie déterminés par leur sexe, vouloir clarifier ou définir l'identité sexuelle ne peut être considéré comme un péché, estime-t-il.

Sharareh la transsexuelle a ainsi réussi à convaincre sa mère, une musulmane pratiquante qui sort en tchador et effectue des pèlerinages à La Mecque, que l'opération lui donnerait la possibilité de mener «une vie respectable». Car, dès l'adolescence, Sharareh, qui réside dans un quartier populaire de l'est de Téhéran, attire les regards et les quolibets par son allure efféminée. Plus tard, elle se fait traiter de «mauvais garçon» et d'«obsédé sexuel» lorsque, donnant libre cours à ses pulsions, elle commence à s'afficher avec des sourcils épilés et des yeux maquillés. «J'avais l'impression d'être pointée du doigt où que je sois, comme si j'avais une énorme verrue sur la g*******.» Sa mère lui demande de se «comporter normalement», de chercher une épouse «pour que ça [lui] passe». «Une fois, mes parents ont arrangé un rendez-vous, je suis allée au cinéma avec la fille, se rappelle Sharareh. Au beau milieu du film, elle m'a pris la main et j'ai poussé un cri. C'était répugnant.» Celle qui se douche en slip pour ne pas voir son sexe d'homme et se considère comme une «femme incomprise» enchaîne les crises d'hystérie, puis une dépression qui la fait se cloîtrer chez elle pendant quasiment deux ans. Sa mère et ses soeurs lui prédisent un avenir solitaire. Elle leur balance : «Je le suis déjà. Laissez-moi me faire opérer, si je reste seule, je serai au moins en paix avec moi-même.» Car, pour les transsexuels à l'état prononcé, comme dans le cas de Sharareh, le choix ne se fait pas entre être une femme ou un homme, mais plutôt entre être perçue aux yeux des autres en tant que femme ou vivre une pitoyable vie d'androgyne. Sharareh est aujourd'hui débordante de confiance. Nez opéré et visage poudré, elle est à l'aise dans la peau d'une femme, même vêtue de la tenue islamique prescrite par le gouvernement. Car, dans une société où le manteau et le foulard sont la manifestation publique de la féminité, leur adoption devient une confirmation de celle-ci aux yeux de tous. Ils deviennent aussi des accessoires de coquetterie pour Sharareh. Elle explique d'ailleurs qu'elle n'est plus harcelée dans la rue, protégée par son nouveau code vestimentaire. Elle montre la photo d'un homme aux bras musclés dans un journal : «Si je trouve un mari comme celui-là, dit-elle, joviale, j'accepterai même de sortir en tchador pour le reste de ma vie.»

Le chirurgien Bahram Mir Jalali a pratiqué plus de 370 opérations au cours des douze dernières années. Coût minimum : 3 000 euros. Un nombre d'interventions, selon lui, plus élevé en Iran qu'en France sur la même période, en dépit de son prix jugé conséquent (le salaire moyen d'un fonctionnaire dans la capitale est de 200 euros par mois). Cela est en partie dû au tabou autour de l'homosexualité, estime-t-il. Sharareh n'hésite pas à dire qu'elle ne détestait rien tant qu'être prise pour un homosexuel. «Le sexe, pour nous, est secondaire. Alors que les homos sont satisfaits de leur corps et de leur organe. Ils font ça par pure envie, pour le plaisir», dit-elle.

Ali, 19 ans, né Nassrine, fréquente depuis quatre ans sa copine rencontrée à l'école. «Personnellement, je me suis toujours senti garçon, dit-il avec un ton de baroudeur. Mais on était vues comme des homosexuelles par certains.» Une motivation supplémentaire pour passer sur la table d'opération ? «Certainement», admet Ali, accompagné ce jour-là de son père et de sa copine pour un check-up postopération. Dans la voix d'Ahmad Haeri, le père, il est possible de déceler une note de fierté. «Ali a toujours été un petit dur. Maintenant c'est un vrai homme», dit-il comme pour insister sur le fait qu'il a toujours eu un fils et qu'à présent tout est en ordre, pour le meilleur.

Au mieux la pitié, au pire le mépris

Pourtant, l'humeur joyeuse et optimiste de Sharareh et d'Ali reste une exception. Pour beaucoup d'autres transsexuels, en dépit des 900 euros de prêt sans intérêts pouvant être octroyés par l'Organisation publique de la santé, la vie reste un calvaire. «La transsexualité n'est pas toujours bien comprise», remarque le psychiatre spécialisé Mehrdad Eftekhar. En Iran, où parler de sexe dans la sphère publique est interdit et les informations en lien avec la sexualité ne sont pas facilement mises à disposition de la population, peu sont sensibilisés au transsexualisme. Ni vraiment homme, pas complètement femme, les transsexuels sont tout simplement perçus comme hors norme, provoquant au mieux de la pitié, au pire du mépris. Mehrdad Eftekhar assure même que certains de ses collègues seraient mal informés, cherchant à soigner leurs patients en leur conseillant de se tourner vers la religion et en leur prescrivant une bonne dose de cachets antihallucinogènes. Des 800 à 1 000 transsexuels recensés en 2005 dans le pays, combien ont la chance d'être compris, acceptés et soutenus par la famille et l'entourage proche ? Cacher les problèmes, tenter de les résoudre en privé tout en sauvant la face en public est un des traits saillants de la culture iranienne. Pour les transsexuels, l'opération est le moyen de se rendre acceptable par la société. Ce qui explique l'obsession de tous ceux qui y sont passés à vouloir faire table rase de leur passé. Sur toutes les lèvres, la même question revient : «Dites, ça se voit pour moi ?»

Ali-Reza, 25 ans, préfère être appelé du prénom féminin Sayeh. Issu d'une famille défavorisée, il a grandi en étant convaincu qu'il était le seul au monde à avoir «ce problème». Petit, il cherche à se débarrasser de son sexe en tirant sur un fil de soie enroulé autour... jusqu'à en perdre conscience. Ses séances de toilettage, enfermé dans la salle de bains avec les habits de sa mère, sont mal vues par un père qui, enragé par ses «manies de femmelette», le roue de coups. «Il me méprisait au nom de l'islam, persuadé que j'étais une punition de Dieu et que j'apportais la honte sur la famille», explique Sayeh, dévoilant un bras gauche recouvert de traces de brûlures : de l'eau bouillante versée par son père dans un instant de folie. Trois tentatives de suicide et plusieurs viols plus tard, Sayeh, rejeté par sa famille, vit aujourd'hui chez un autre transsexuel, une femme cherchant l'opération inverse et avec qui il débute une histoire affective, «parce que c'est la seule qui me comprend». Yeux de biche et peau cristalline, Sayeh n'a pas encore changé de sexe, faute d'argent. Mais lui qui pensait que se faire opérer était son rêve ultime n'y croit plus : «Ce sera de l'apparence uniquement, un arrangement cosmétique qui ne changera rien dans le fond.» Entre-temps, Sayeh a vécu une histoire qu'il n'a pas réussi à oublier : un homme qu'il avait couvert d'amour, de petits soins et d'attention et qui finalement l'a laissé tomber au prétexte qu'il ne sera «jamais une vraie femme». Son voeu le plus cher à présent ? «Vivre dans une société où on me donnerait du travail et où je serais respecté en toute connaissance de ce que je suis.»



Bahareh
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Sam 26 Jan, 2008 3:08 pm    

http://www.wat.tv/playlist/462797/video/661794/iran-changer-sexe-ou-mourir.html


Maryam
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Dim 27 Jan, 2008 12:11 am    

merci pour vos article et reportage.


Bahareh
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Dim 27 Jan, 2008 10:23 am    

de rien Maryam jan ! fleur
Quand je vois ça j'ai très honte de mon pays... Sad



Aflatoun
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Dim 27 Jan, 2008 11:26 am    

Bahareh a écrit:
de rien Maryam jan ! fleur
Quand je vois ça j'ai très honte de mon pays... Sad


Pourquoi as-tu honte de la France, le mariage homo n'est-il pas autorisé ? Wink



Maryam
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Messages: 5191

Dim 27 Jan, 2008 12:33 pm    

Aflatoun Djon, Bahareh parlait de l'Iran, non?

Quant au mariage homosexuel en France, je ne m'y retrouve plus, je me souviens d'une cérémonie qui a été décrétée nulle.


En Belgique, c'est courant.

Pour revenir au reportage, les témoignanges sont douloureux. J'ai beaucoup admiré cette mère imprégnée par une culture faite d'interdits et qui accepte que son fils physique se sente fille et souhaite le devenir. fleur

Bahareh Djon, pourquoi avoir honte des préjugés des autres? Nous ne pouvons pas porter tous les malheurs du monde sur notre dos.



Aflatoun
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Dim 27 Jan, 2008 1:33 pm    

Maryam a écrit:
Aflatoun Djon, Bahareh parlait de l'Iran, non?

Quant au mariage homosexuel en France, je ne m'y retrouve plus, je me souviens d'une cérémonie qui a été décrétée nulle.


En Belgique, c'est courant.

Pour revenir au reportage, les témoignanges sont douloureux. J'ai beaucoup admiré cette mère imprégnée par une culture faite d'interdits et qui accepte que son fils physique se sente fille et souhaite le devenir. fleur

Bahareh Djon, pourquoi avoir honte des préjugés des autres? Nous ne pouvons pas porter tous les malheurs du monde sur notre dos.


La France a été condamnée par l'Europe. Elle doit célébrer des mariages homo et permettre l'adoption par les homos.



Bahareh
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Dim 27 Jan, 2008 2:24 pm    

tu as raison Maryam jan je n'ai pas à porter les fardeaux des autres ! je remarque simplement que même dans les milieux les plus "ouverts" ou "intellectuels" en iran, l'homosexualité est encore très tabou. en France aussi il y a des progrés à faire je trouve.
pour te répondre Aflatoun, même si j'aime la France qui est le pays de mon mari et celui de mon futur enfant, quand je dis mon pays c'est et ce sera toujours l'Iran. jamais je ne suis émue en écoutant la Marseillaise, tandis écouter notre ancien hymne national m'émeut aux larmes. le coeur a ses raisons que la raison ignore. Même si Pascal (le philosophe pas mon mari Laughing ) avait déclaré cela en parlant de la foi, je trouve que cette phrase s'applique très bien pour l'amour d'un pays qui parfois nous rejette.



Aflatoun
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Inscrit le: 23 Déc 2006
Messages: 331

Dim 27 Jan, 2008 5:39 pm    

Ces choses existent depuis longtemps, il est nécessaire d'en parler. De là, à faire des interviews et à tout mettre sur la place publique ? Quel interet ?

Certaines choses (religions, sexualités, etc) font partis du jardin secret, de l'intime, des choses que l'on veut garder pour soi. Or aujourd'hui, on partage la moindre "sauterie". Où est la dignité ? Où est la morale ?



Bahareh
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Inscrit le: 19 Mar 2007
Messages: 3476

Dim 27 Jan, 2008 5:54 pm    

je trouve ces personnes très dignes.
ce qui est immoral c'est de pendre les homosexuels, c'est de brûler le corps de son fils parce qu'il ne veut pas être un homme, c'est de violer un homme qui est sur le point de se suicider dans un parc public en profitant de son malheur. ce qui n'est pas moral c'est de rejeter son enfant parce qu'il n'a pas choisi d'être différent. partager sa douleur en montrant au monde entier de quelle injustice on est victime je n'appelle pas cela de l'immoralité. je te soupçonne de vouloir provoquer les forumistes et de ne pas penser un traître mot de ce que tu racontes. je pense que tu es un sensible qui s'ignore ou qui veut que d'autres l'ignorent. je ne sais pas quoi faire pour toi !
fleur



Maryam
Modérateur
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Inscrit le: 02 Jan 2007
Messages: 5191

Dim 27 Jan, 2008 6:17 pm    

Bahareh a écrit:
je trouve ces personnes très dignes.
ce qui est immoral c'est de pendre les homosexuels, c'est de brûler le corps de son fils parce qu'il ne veut pas être un homme, c'est de violer un homme qui est sur le point de se suicider dans un parc public en profitant de son malheur. ce qui n'est pas moral c'est de rejeter son enfant parce qu'il n'a pas choisi d'être différent. partager sa douleur en montrant au monde entier de quelle injustice on est victime fleur


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