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| Sam 22 Mar, 2008 11:07 pm les suisses moins regardants que les europeens.. |
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Micheline Calmy-Rey s´est envolée dimanche pour Téhéran. Il y avait un risque que la conclusion du contrat entre Nigec et EGL pose problème.Photo: Keystone
ENERGIE. La présence de la cheffe de la diplomatie suisse a été souhaitée par l'Iran. La société zurichoise EGL va importer 5,5 milliards de mètres cubes de gaz par an pendant vingt-cinq ans. Somme en jeu: entre 18 et 27 milliards de francs.
Stéphane Bussard
Lundi 17 mars 2008
«Il y avait une fenêtre d'opportunité qui se fermait le 30 mars. Nous ne pouvions pas attendre six mois.» Micheline Calmy-Rey s'est envolée dimanche en début d'après-midi de Genève pour Téhéran afin d'assister ce lundi à la signature d'un gros contrat entre la National Iranian Gas Export Company (Nigec) et la société zurichoise de trading EGL (Electricité de Laufenbourg) du groupe énergétique suisse Axpo. La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères, qui doit rencontrer son homologue iranien Manouchehr Mottaki, a estimé devant quelques journalistes qu'il était essentiel que la Confédération offre les meilleures conditions-cadres possibles à EGL pour que les discussions aboutissent. Norouz (le Nouvel An iranien) approchant, il était temps de conclure.
«Devoir de la Suisse»
Par le contrat conclu avec EGL, la National Iranian Gas Export Company s'engage à livrer 5,5 milliards de m³ de gaz par an pendant vingt-cinq ans à partir de 2011. L'affaire est juteuse puisqu'elle porte sur un montant oscillant entre 18 et 27milliards de francs. Les conseils d'administration d'Axpo et de Nigec ont approuvé le contrat vendredi dernier. Mais un précontrat avait déjà été conclu le 26 novembre. «Au Département fédéral des affaires étrangères, nous avons accompagné les discussions depuis un an, d'autant que nous avons des relations bilatérales fréquentes avec l'Iran», relève Micheline Calmy-Rey qui considère comme son devoir de défendre la prospérité de la Suisse en apportant son soutien à une entreprise privée.
La cheffe de la diplomatie suisse est partie en Iran avec le soutien du Conseil fédéral. Les deux commissions compétentes des Chambres étaient informées. «L'an dernier, j'ai été invitée comme présidente de la Confédération. L'Iran souhaitait que je sois présente lors de la signature du contrat entre EGL et Nigec. Pour la Suisse, c'est une question stratégique importante. Par ce contrat, EGL devient l'un des gros fournisseurs de gaz sur le continent et contribuera à ouvrir un quatrième corridor d'approvisionnement en Europe. Et c'est dans l'intérêt de la Suisse de diversifier ses sources d'approvisionnement.» De fait, la Suisse importe actuellement entre 15 et 20% de gaz russe. L'Iran, qui dispose des deuxièmes plus grandes réserves mondiales de gaz après la Russie, représente dès lors une alternative intéressante. «Ma venue n'était pas une précondition posée par les Iraniens, mais si je n'honorais pas leur invitation, il y avait un risque», reconnaît Micheline Calmy-Rey. Le gazoduc, le Trans-Adriatic Pipeline (TAP) qui transportera le gaz iranien, passera par l'Azerbaïdjan, la Turquie, l'Albanie et l'Italie. Preuve de l'intérêt stratégique de la question: la Suisse a récemment ouvert une ambassade à Bakou.
«Les Etats-Unis informés»
Comme le confiait au Temps Lilly Frey (LT des 15 et 20.9.07), porte-parole d'EGL, le gazoduc, qui doit passer sous l'Adriatique devrait coûter près d'un milliard de francs et être achevé en 2010. Il fournira quatre centrales à gaz d'EGL en construction en Italie. Mais aussi la Suisse.
Le voyage de la ministre intervient cependant à un moment particulièrement sensible: la République islamique d'Iran vient de tenir des élections législatives jugées «ni libres, ni équitables» par l'Union européenne. De plus, Téhéran vient de faire l'objet d'un troisième train de sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies par rapport à son programme nucléaire dont on soupçonne qu'il est de nature militaire. Micheline Calmy-Rey reste sereine: «Le contrat ne viole aucune des sanctions de l'ONU. Il respecte même le Iranian and Libyan Sanction Act (Isla).» La Suisse n'est toutefois pas le seul pays à continuer à commercer avec l'Iran. La France, par exemple, tient, avec les Etats-Unis, un discours très dur envers Téhéran. Cela ne l'empêche pas de conserver des intérêts économiques considérables dans la République islamique, notamment avec Total ou des constructeurs automobiles comme Renault. L'Allemagne a réduit ses relations d'affaires, mais les intérêts économiques de Berlin en Iran restent importants: 1700 sociétés allemandes sont actives en Iran. Quant à l'Italie, avec Eni, elle continue de jouer sa carte nationale dans la république des mollahs.
Le contrat entre EGL et Nigec froisse néanmoins les Etats-Unis que la Suisse représente par ailleurs en Iran. A Berne, on a déjà eu droit à plusieurs réactions. «Les Etats-Unis sont informés. J'ai expliqué les intérêts stratégiques de la Suisse à Condoleezza Rice», ajoute la conseillère fédérale. Micheline Calmy-Rey promet néanmoins qu'elle va aborder la question des droits de l'homme. «La Suisse condamne les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort. Elle juge aussi inacceptable le fait qu'on puisse contester l'existence d'un membre de l'ONU (ndlr: Israël). Je dirai tout cela dans le cadre du dialogue critique que nous entretenons avec l'Iran depuis 2003.»
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