Ces jeunes filles qui servaient d'appât à Youssof Fofana Iran
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Ces jeunes filles qui servaient d'appât à Youssof Fofana



 
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Lun 27 Mar, 2006 3:03 pm     Ces jeunes filles qui servaient d'appât à Youssof Fofana

Les "vamps" sans scrupule

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LE MONDE | 27.03.06 |



Le répertoire du portable d'un adulte ne recèle en général que l'infinie banalité de sa vie. Ceux de "Yalda" - comme dit la petite chaîne en or autour de son cou -, 17 ans, ou de Tifenn, la petite Bretonne de 19 ans, ressemblent, eux, aux joyeux abécédaires des adolescents. Une image pour chacun, des musiques pour tout le monde : amours, amitiés de classe ou de colo, connaissances d'un jour ou d'un soir, tout est bien rangé dans les mémoires alphabétiques. Le copain rappeur, c'est "Coups ki danse". A la ligne G, on trouve "Grosse p****", la fille qui a piqué le petit copain il y a deux ans. A M, il y a "mon homme" ou " mon mari", à N "cheikh G. du Nord", le mec rencontré à la gare du Nord. A Y, on trouve aussi "Youssouf le barbare".

Yalda est la jeune fille qui, le 20 janvier 2006, sur ordre de Youssouf Fofana, 25 ans, a dragué Ilan Halimi, vendeur de téléphones portables dans une boutique du boulevard Voltaire, à Paris, avant de l'attirer dans un piège qui l'a conduit vers sa mort, le 13 février, au terme d'épouvantables tortures.

Contre la promesse de 3 000 à 5 000 euros, elle a participé à la funeste entreprise. C'est son amie Tifenn G., une petite brune moins "bimbo" que ses amies de l'internat de Thiais, dans le Val-de-Marne, mais "rabatteuse" hors pair, qui l'avait recommandée. Tifenn était fournisseuse d'appâts pour Youssouf Fofana.

"L'appât". C'est ainsi que les policiers appellent ces insouciantes aguicheuses et piégeuses d'hommes - telle la Marie Gillain du film de Bertrand Tavernier. Les garçons du gang de Bagneux disaient plutôt les "vamps". Des "bêtes de meufs", a résumé l'une d'entre elles aux policiers. Des belles filles, en clair.

Au fil de leurs aveux devant la brigade criminelle se dévoile une histoire terrifiante sur fond de vie ordinaire. Comme plus de trente personnes à Bagneux, elles ont tout su, ou presque, et n'ont rien dit, ou à peine, imperméables à l'horreur et aux états d'âme, et comme incapables de regrets. Amorales, plus qu'immorales. Ce n'est qu'une fois Ilan mort d'étouffement, de peur, de brûlures et de froid, lorsque le portrait-robot de l'une d'entre elles s'est étalé en "une" de 20 Minutes et du Parisien, le 15 février, qu'elles se sont décidées à avouer. Par peur de ce qui pourrait leur arriver.

L'histoire commence à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, au pied des tours. Cité des Pruniers-Hardy, de la Pierre-Plate ou des Tilleuls, on se connaît depuis la primaire et le lycée Joliot-Curie. Les "petits" deviennent "moyens", puis "grands". Pas forcément plus sages. " Js8 en ba 2 la tour". " D ke jte bip desen direct", disent les SMS. On papote dans les voitures garées sur les parkings. On échange des fichiers de musique MP3 sur Internet. On s'invite à dormir quand on a été mis à la porte de l'appartement familial par le père ou la mère, forcément divorcés. On se serre dans la voiture, le samedi soir, pour aller danser et boire un verre aux Caves du roi ou au Pacha, à Versailles. On pousse parfois jusqu'à Paris, du côté de la gare d'Austerlitz, ou encore à la Loco, place Pigalle. Evidemment, on cherche toujours des "plans tune". Et les filles ne sont pas en reste.

Audrey L., 25 ans, suit des cours pour devenir assistante médicale. Elle a besoin d'argent pour elle "et ses parents", a-t-elle fini par raconter aux policiers. Sa famille paye ses études et lui donne un peu d'argent de poche, mais elle rêve de retourner aux Sables-d'Olonne - là où elle a "le plus d'amis" -, et d'acheter des cadeaux de Noël. Elle en parle à Jérôme R., son petit copain depuis quatre ans et son voisin de la cité des Pruniers-Hardy. Jérôme - l'un des futurs geôliers d'Ilan -, 20 ans, manutentionnaire intérimaire à Bagneux, est un mec à filles : Audrey n'est qu'une clandestine et son autre, la "régulière", Leïla, ne la connaît pas. C'est aussi un garçon à "plans". "Transporter le shit, le vendre, c'est ce qui se fait de plus commun dans ma cité et qui permet de gagner de l'argent facilement", explique Audrey dans sa déposition.

Un soir de la fin du mois de décembre 2005, Youssouf Fofana accompagne Jérôme chez Audrey. Malgré - ou à cause - de son bonnet noir, de sa capuche et de sa banane sur le ventre, elle le reconnaît vaguement. Ils ont fréquenté le collège Joliot-Curie de Bagneux. Il est aussi des Pruniers-Hardy. Une famille nombreuse, des soeurs, contre lesquelles il s'énerve, raconte l'une d'elles, lorsqu'elles ont "de mauvaises fréquentations".

Fofana, lui, a des bons plans. Le garçon - il s'appelle ce soir-là Mohammed, d'autres jours Oussama - expose sa feuille de route. Il faut "aguicher" un homme par téléphone, "dans un quartier juif, car il voulait un juif", témoigne Audrey, et l'attirer à Sceaux. "Si le travail est bien fait, tu auras 3 000 euros", lui fait miroiter Fofana, sans exclure "5 000 et même plus". Audrey lui fait promettre qu'"il n'y aura pas mort d'homme". "Mais non, on n'est pas comme ça. On prendra de l'éther pour éviter de le frapper", répond Fofana.

Audrey est amoureuse de Jérôme. Pour lui, elle cache dans sa chambre un seau qui contient des sacs avec du shit et de l'herbe et "l'équivalent de deux ou trois tablettes de chocolat" de résine de cannabis précoupée, dans lequel Jérôme vient régulièrement puiser. Elle a confiance.

Autour de quelques rouleaux de printemps, dans un "restau" chinois de Bagneux, près de la mairie, elle raconte la proposition à sa "meilleure copine", Muriel I. : le "plan drague", le guet-apens du garçon près de la Coulée verte, à Sceaux, avant la séquestration et la demande de rançon. "Mumu" se fâche. Pour elle, il y a quand même une barrière entre le bien et le mal.

"Si tu fais ça, je le dis à tes parents." "Tu n'as pas à me faire la morale", répond Audrey. "Comme elle se braquait, nous n'en avons pas reparlé de la soirée", a raconté Muriel aux policiers.





 

 
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