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| Sam 13 Mai, 2006 8:58 am Le Canada expulse un Opposant du regime de la RII |
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Le vendredi 12 mai 2006
Un Iranien expulsé par Ottawa dans la ligne de mire de Téhéran
Marc Thibodeau
La Presse
Mostafa Dadar, un ex-capitaine de l'armée de l'air iranienne qui a vécu 20 ans au Canada, se retrouve en résidence surveillée à Téhéran après avoir été expulsé en mars par le gouvernement conservateur malgré un avis contraire du Comité contre la torture des Nations unies.
Ce ressortissant iranien, partisan du shah, emprisonné et torturé en Iran au début des années 80 avant sa fuite du pays, a envoyé il y a une semaine un courriel alarmiste à son avocat canadien, Richard Albert, dans lequel il dit se compter chanceux de ne pas avoir été tué.
«Il a été arrêté à son arrivée à l'aéroport de Téhéran, le 29 mars, et interrogé pendant une journée et demie avant d'être relâché en se voyant avisé de demeurer disponible. Il a eu ensuite trois ou quatre autres séances d'interrogatoire. Jusqu'à maintenant, il ne semble pas y avoir eu de torture, mais ça peut changer...» a indiqué M. Albert.
«D'après moi, ils sont en train de recueillir des informations à son sujet», a-t-il ajouté au cours d'un entretien téléphonique accordé de son bureau à Fredericton, au Nouveau-Brunswick.
Il n'a pas été possible au cours des derniers jours pour La Presse de confirmer la situation de M. Dadar, qui n'a pas répondu aux messages transmis à l'adresse courriel qu'il utilise, de l'Iran, pour joindre son avocat.
Un porte-parole de l'ambassade d'Iran à Ottawa, Hormoz Ghahremani, a indiqué qu'il n'avait «aucune idée» de la situation de M. Dadar avant de préciser qu'il ne pouvait fournir aucune aide à ce sujet.
Ottawa n'a pas non plus fourni de précisions. Tant le ministère de l'Immigration que le ministère de la Sécurité publique, qui sont à l'origine de l'expulsion de M. Dadar, ont dirigé les questions à son sujet vers l'Agence des services frontaliers du Canada.
Une porte-parole de l'Agence, Laurie Gilmore, a indiqué que la responsabilité de l'Agence dans ce type de dossier se limitait à garantir le transport «en toute sécurité» de la personne expulsée vers son pays d'origine. «Ça s'arrête là», a-t-elle noté.
Le gouvernement conservateur avait justifié la décision d'expulser M. Dadar en soulignant qu'il constituait un risque trop important pour la société en raison de ses antécédents criminels.
Le ressortissant iranien avait été condamné à huit ans de prison en 1996 pour voies de fait graves contre une femme, un crime dans lequel il affirme n'avoir joué aucun rôle. La Cour d'appel a rejeté son pourvoi et la Cour suprême a refusé de se prononcer à ce sujet.
Sa cause criminelle est aujourd'hui étudiée par une organisation de l'école de droit Osgoode, en Ontario, qui se penche sur les causes où une erreur judiciaire pourrait avoir eu lieu. Un porte-parole du Innocence Project, joint au téléphone, a refusé de discuter de la cause, se contentant de dire qu'elle était à l'étude.
M. Dadar a été placé en détention par le ministère de l'Immigration au moment où il allait sortir de prison, en 2002. Une série défavorable d'évaluations de son niveau de dangerosité ont été produites et contestées sur une période de trois ans.
M. Albert, qui ne représentait pas M. Dadar durant ses démêlés judiciaires, a porté plainte au Comité contre la torture des Nations unies en 2004 dans l'espoir de bloquer son renvoi.
Dans une décision rendue en novembre 2005, le comité a conclu qu'il y avait des raisons «substantielles» de croire que M. Dadar pourrait être torturé s'il était renvoyé en Iran et a sommé Ottawa de surseoir à son projet.
Le gouvernement canadien a affirmé devant cette instance qu'il n'y avait aucune preuve démontrant que M. Dadar continuait d'entretenir des liens avec des membres de l'opposition iranienne et qu'il ne présenterait conséquemment qu'un «intérêt limité» pour les autorités advenant son retour dans son pays d'origine.
Selon M. Albert, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) aurait néanmoins cherché à utiliser ses contacts alors qu'il était en détention pour obtenir des informations sur la situation de Zahra Kazemi, une photojournaliste tuée en 2003 en Iran. Le Comité sur la torture a évoqué cette affirmation dans ses conclusions en soulignant que l'État canadien n'avait pas cherché à la contester.
Le SCRS a refusé, pour sa part, de confirmer qu'il avait cherché à utiliser M. Dadar pour se renseigner au sujet de Mme Kazemi.
«Nous ne pouvons pas confirmer le nom des personnes avec qui nous traitons, la loi nous l'interdit même», a déclaré la porte-parole de l'agence, Barbara Campion, en invoquant des questions de sécurité. |
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